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Ceci est un blog-roman.
Si tu es perdu, je te conseille d'aller au premier chapitre du roman, qui est tout à la fin, ici.


dimanche 13 décembre 2015

Chroniques du Dr Tercouëh - 8 décembre 2183



   Chroniques du Dr Tercouëh - 8 décembre 2183


   Je suis allé une seule fois dans l'autre monde, et ce que j'y ai vu m'a désespéré. Nous pensions que notre monde était touché par la faille créée à cause de la collision des deux mondes. Ce n'était rien à côté de ce que les autres ont vécu.
   J'y ai vu un monde dévasté par une force qui le dépassait, comme si l'univers entier avait décidé de cesser de fonctionner et que le chaos se propageait dans chaque fibre qui soutenait le monde. D'après les paysages que j'ai contemplé, je dirais que plusieurs catastrophes naturelles se sont enchaînées, et s'enchaînaient toujours en continu. Les océans ont apporté des raz-de-marée, poussant les gens à abandonner les habitations côtières pour se réfugier dans les terres. Le sol est devenu instable, sujet aux tremblements de terre, rendant caduque la solidité des bâtiments dont nous étions si fiers. La nature s'est mise à périr, comme ça, raréfiant les plantes. L'atmosphère a été modifiée, craquelée, créant un climat de chaleur perpétuel. Lorsqu'en de rares occasions, il ne faisait pas chaud, il pleuvait des cordes, rendant impossible la visibilité extérieure. Mais ces moments-là étaient bénis, car l'eau de pluie était encore potable. En revanche, l'eau courante utilisée dans les canalisations, bien qu'elle continuait à arriver dans les maisons, était devenue irritante, agressant la gorge et blessant les cordes vocales.
   Bien sûr, l'énergie qu'ils employaient couramment, ce qu'ils appelaient « électricité » (une énergie que nous avions autrefois, mais qui a été rapidement remplacée par l'éther et par l'énergie psychique), a cessé de fonctionner, car les relais ont été détruits pour la plupart. Il peut arriver cependant qu'on trouve des batteries chargées en énergie encore fonctionnelles pour faire marcher certains objets. A cause de ça, la vie leur est devenue plus rude, la nourriture plus difficile à conserver et la chaleur plus rare à trouver.
   Quand aux habitants de ce monde, j'en ai rencontré quelques uns.
   Certains vivaient en communauté, en espérant survivre grâce à l'avantage du plus grand nombre, mais il y en avait qui erraient, seuls face à eux-mêmes et faisant difficilement confiance à autrui. Et c'est compréhensible ! Il existait des groupes de fanatiques. Ceux-ci n'hésitaient pas à brutaliser les gens, à les réduire en esclavage, ou à les tuer comme des barbares. Le plus étrange, c'est que j'ai pu rencontré certains de ces fanatiques, ceux qui vouaient un culte à de la musique. Pour eux, la musique peut influencer sur les cordes de l'univers, car en émettant des vibrations, on pourrait modifier l'espace temps. Je dois avouer que ces réflexions m'ont laissé perplexe, et pourtant ils n'avaient peut-être pas tord. Les autochtones les appelaient les Chanteurs, et ils les craignaient car ils employaient des méthodes aussi barbares que d'autres groupes. Simplement, ils kidnappaient et engageaient des personnes dont la voix était belle et non modifiée par les eaux croupies. Je crois avoir entendu qu'ils chantaient et procédaient à des sacrifices, mais je ne pense pas qu'ils aient pu parvenir à un quelconque résultat.

Morgane et Arthur part3 - En-dessous de la voûte



   Morgane et Arthur 3


    Même la nuit, on pouvait voir ces aurores boréales s'illuminer dans le ciel bleu marine. Elles étaient comme une épée de Damoclès au dessus de nos têtes. On savait que c'était mauvais, que ça provenait de catastrophes surnaturelles, que ça avait des conséquences sur la planète et sur tous ceux qui y habitaient. Et pourtant, elles restaient belles, transcendantales, comme des bijoux collés sur la voûte céleste.
    Cachés dans un arbre, Morgane et Arthur regardaient le ciel à travers le feuillage. Ils avaient longtemps couru avant de s'arrêter et de s'installer à un endroit. Ils avaient eu la chance de tomber sur un de ces arbres géants. Ces arbres s'étaient plus ou moins adaptés à ce nouveau monde. Contrairement à beaucoup d'autres qui se mourraient et dont il ne restait qu'un squelette sec, ceux-là avaient muté et avaient grossi pour survivre à ce climat rude. La conséquence indirecte fut que ces arbres, pompant un peu plus d'énergie autour d'eux, brimaient les autres arbres qui les entouraient. Ces arbres géants se retrouvaient alors seuls autour de cadavres d'ancienne végétation. Certaines personnes avaient même fini par vouer un culte à ces entités tellement leur présence et leur solution en imposait.
    « Il faut que tu te reposes, dit Morgane à voix basse. Tu ne peux pas continuer à courir comme ça. »
    Arthur avait beau avoir fait son possible pour cacher son entorse, la distance de course qu'ils avaient parcouru avait accentué la douleur. Il souffrait et il avait eu beaucoup de mal à grimper à l'arbre, surtout dans l'obscurité.
    « Normalement, on n'aura plus à courir demain, lui répondit-il en caressant sa tête. Je pense qu'on les a semés.
    - C'est pas la question, répliqua Morgane en lui donnait sans vergogne un coup de coude. Je peux pas te laisser comme ça. Avec le pansement, ça va s'arranger, mais il faut pas que tu bouges. »
    Leur sac contenait entre autre une maigre trousse à pharmacie avec des bandages. Morgane avait pris le temps de masser puis d'enrouler la bande autour de la cheville d'Arthur. Celui-ci avait beaucoup protesté qu'il n'en avait pas besoin, mais malgré son autorité, Morgane était têtue comme une mule quand il s'agissait de s'en occuper. Parfois, elle se sentait excédée de voir qu'il prenait soin d'elle constamment sans rien accepter en retour. Elle aimait se comporter comme une enfant, mais n'acceptait pas d'être la seule qui avait besoin d'aide.
    « Je ne bougerai pas de la nuit en tout cas, sourit Arthur.
    - Et je t'interdis de rester réveillé ! Lui dit Morgane en retour. »
    De toute façon, Arthur était tellement fatigué qu'il sentait qu'il n'allait pas pouvoir garder les yeux ouverts. Il avait du mal à se laisser aller, mais s'il se retrouvait trop épuisé, il ne pourrait plus s'occuper de Morgane.
    Enlacés au milieu des branches gigantesques de l'arbre géant, ils continuèrent à regarder les étoiles. Morgane était sereine ; elle était complètement blottie contre Arthur, enveloppée par la chaleur de son corps. A ce moment-là, elle se sentait en sécurité et totalement apaisée. Elle percevait les battements de son cœur à travers sa main posée sur son torse et elle respirait son odeur qui s'imprégnait dans ses vêtements. C'était pour ces moments-là qu'elle avait envie de continuer à vivre. Pourtant, ce n'était pas gagné lorsque ce monde commença à se désagréger. Elle chassait constamment de son esprit les souvenirs de son errance sur les chemins, poursuivie par des gens qui lui voulaient du mal, préférant n'y voir qu'un passé obscur qui a cessé d'exister lorsqu'elle a rencontré Arthur. Au début, il n'était qu'un jeune homme avide de savoir, mais d'une générosité sans pareille. Il a rapidement pris Morgane sous son aile, se hissant à la maturité d'un homme de ses maigres bras. Depuis, ils ne se sont jamais quittés, liés qu'ils étaient par des liens plus forts que tout ce qui existait.
    « Arthur ?
    - Oui ?
    - Tu crois qu'on atteindra la mer un jour ?
    - J'en suis sûre. On est encore loin, mais on y arrivera.
    - Et on restera là-bas pour toujours ?
    - C'est un bon endroit où vivre je pense. La plupart des gens ne s'approchent pas de la mer, ils la craignent. Et ils ont raison, elle est dangereuse et imprévisible à présent.
    - On sera en sécurité alors ?
    - Oui, on le sera. Je te le promets. »
    Arthur baissa la tête vers le visage de Morgane. Il entoura sa joue de sa main délicatement, décalant les cheveux de son visage, puis se pencha pour déposer un baiser sur sa bouche. Morgane resserra sa main sur son t-shirt, fermant les yeux pour clore de son esprit tout ce qui les entourait. Le monde n'existait plus, ni le bruit du vent dans le feuillage, ni la lumière de la lune et celle des brèches de l'atmosphère, ni l'obscurité partielle de la nuit, ni l'écorce dure de l'arbre. Il n'y avait qu'eux.

jeudi 19 novembre 2015

Morgane et Arthur part2 - Au coin de la rue



  
Morgane et Arthur 2


    Le soleil commençait de percer la ligne d'horizon. Des couleurs flamboyantes venaient s'ajouter au spectacle silencieux du crépuscule. S'ajoutaient sur la toile du ciel des reflets verts et roses, comme si des aurores boréales s'introduisaient là où elles n'étaient jamais apparues. En réalité, ces modifications de la voûte céleste étaient des conséquences visuelles du changement de l'atmosphère. A cause de ça, un été presque éternel régnait sur le monde, entrecoupé de pluies diluviennes mortelles mais salutaires.
    Arthur se laissait aller à pointer ses jumelles sur ces vagues brillantes qui emplissaient le ciel. Il n'avait pas l'âme poète pourtant, il observait les modifications sur le climat, afin d'essayer de déterminer quand aurait lieu les prochaines précipitations. Il se reprit et braqua son objectif sur la ville. Toujours rien à l'horizon. Cependant, il n'était pas question de baisser sa garde et de se relâcher une seule seconde. Dans approximativement une heure, il n'y aurait plus assez de lumière pour distinguer quoi que ce soit. Il n'était pas permis d'allumer la moindre source lumineuse par crainte de se faire repérer. Mais si les Chanteurs se retrouvaient suffisamment nombreux, ils n'hésiteraient pas à se déplacer en force avec des torches. Dans ces cas-là, les repérer n'auraient plus d'importance.
Sur le canapé de la salle, emmitouflée dans des couvertures, dormait Morgane d'un sommeil profond. Arthur aurait voulu grappiller quelques minutes de sommeil, mais il ne pouvait pas encore se le permettre. Des longues cernes traversaient son visage comme des cicatrices provenant du manque de sommeil. Il s'y était habitué, mais la fatigue restait constante, comme un poids en plus sur ses épaules. Comme ce poids était relatif à la protection de Morgane, ce n'était pas important.
    Comme il retournait à son observation, il remit ses jumelles devant ses yeux. La grande rue qui partait de l'immeuble était déserte depuis longtemps. Des poubelles et des cadavres de voitures y résidaient comme si la rue leur avait toujours appartenu. Rien ne bougeait non plus du dessus de la forêt. Le feuillage des arbres tombait en lambeau comme les résidus d'une peau sèche, lentement, imperceptiblement. A une époque, ils étaient beaux, verts et fleurissants. A une époque lointaine et perdue.
    Soudain, Arthur crut percevoir un mouvement vers une maison. Ses sens étaient en alerte, quand il braqua les jumelles vers cet endroit. Il pria très fort pour que ce ne soit qu'une sensation, mais un mauvais pressentiment l'envahit. Ça ne pouvait être un hasard. La maison était vide et à moitié écroulée, du toit ne restait plus qu'un squelette sans tuiles. Le coin de verdure qui l'entourait peinait à garder quelques brins d'herbe sèche et malgré tout, la barrière tenait encore debout. Arthur ne quitta pas cet endroit du regard, certain qu'il devait s'y trouver quelque chose, ou bien quelqu'un. Il sursauta lorsqu'un lapin sortit de la poubelle tombée à terre. Respirant fortement, il essuya une gouttelette de sueur qui s'était introduit sur son visage tremblant. Il suivit négligemment le lapin du regard, celui-ci sautillait gaiement sur la route. Rien ne paraissait sortir de l'ordinaire, mis à part qu'il n'avait plus sa peau et qu'on voyait les muscles qui entouraient son corps. Arthur faillit le lâcher du regard quand le lapin fut projeté à terre par une pierre. Il se retrouva allongé, sans bouger, vraisemblablement mort ou presque. Arthur déglutit alors qu'il décala lentement son regard vers là où la pierre a été lancée. Un garçon, un adolescent, habillé d'un survêtement plutôt correct et armé d'un lance-pierre. Il avait le visage fermé et le regard dur de ceux qui survivent. Il s'approcha du lapin en prenant son temps et l'attrapa par les oreilles.
    Arthur ne perdit pas une minute de plus et se leva pour aller ranger précipitamment ses jumelles dans son sac à dos. Il secoua Morgane pour la réveiller.
    « Morgane, bouge-toi ! Il faut qu'on parte ! »
    Celle-ci ouvrit les yeux avec difficulté, mais sentant la précipitation dans sa voix, elle se redressa pour se lever.
    « Qu'est-ce qui se passe ? Geignit-elle avec inquiétude. On doit déjà s'en aller ?
    - Ils sont déjà là, répondit Arthur en récupérant ses affaires. Merde ! Je pensais qu'on avait encore un peu le temps, il va falloir qu'on trouve un meilleur endroit. »
    Morgane alla récupérer son sac et y engouffra deux boîtes de conserve qui étaient restées à vue, pendant qu'Arthur décalait le meuble qui bloquait la porte. Une fois leurs affaires récupérées, Arthur prit la main de Morgane et ils passèrent la porte d'entrée. L'atmosphère commençait à s'assombrir avec le crépuscule et Arthur pria pour qu'ils soient loin d'ici quand la nuit arriverait. La cage d'escalier était remplie d'objets aléatoires posés pour gêner l'arrivée de personnes venant d'en bas. Arthur savait précisément par où ils devaient passer, et il guida Morgane pour qu'elle suive ses pas à la lettre. Ils n'avaient pas vraiment besoin de parler s'ils pouvaient s'en passer. L'important était de rester discrets et coordonnés.
    A l'extérieur, on n'entendait pas âme qui vive. L'entrée se retrouvait dans une rue perpendiculaire à la rue principale, cachée par rapport à l'endroit où se trouvait le chasseur de lapin. Chaque côté de la rue était vide et sombre, car les barres d'immeubles cachaient le soleil. Arthur et Morgane se tenaient derrière la porte, observant l'arrivée du moindre mouvement. Arthur se pencha pour murmurer à l'oreille de Morgane.
    « On va vers la forêt. Ne lâche pas ma main. »
    Morgane hocha la tête et resserra sa prise. Sa main à lui était moite et froide, plutôt désagréable au toucher mais elle savait que, tant qu'elle sentirait cette sensation, tout se passerait bien.
    Au top départ, ils coururent se mettre à l'abri entre deux maisons. Ils faisaient très attention de ne voir personne à chacun de leur déplacement et courraient ainsi d'un endroit à un autre le plus rapidement possible. Normalement, ils s'éloignaient des autres, donc ils avaient une chance de partir discrètement sans qu'ils ne soient au courant. Malgré tout, Arthur était au-delà de la prudence. Il scrutait chaque détail du décor, chaque feuille de papier qui s'envolait dans un courant d'air, chaque ombre qui ressemblait à une silhouette. Morgane ne le ralentissait pas, au contraire elle était aux aguets là où lui ne pouvait regarder. Chacun portait son regard dans une direction afin de balayer le périmètre avec efficacité.
    Alors qu'ils s'apprêtaient à traverser une rue, Morgane retint brusquement Arthur et le plaqua au sol derrière la barrière d'une maison. Un bruit de pas heurtant le sol de goudron se faisait entendre non loin d'eux. Morgane bloqua sa respiration et Arthur se redressa contre la barrière, profitant d'une faille pour regarder à travers. Provenant d'un croisement prochain, trainant ses pieds avec nonchalance, marchait un homme de grande taille. Il tenait un bâton dans sa main, et ressemblait à un fermier relativement mal rasé. Bien qu'il soit voûté, il semblait prêt à bondir à tout instant. Arrivé à l'entrée de la rue, il regarda à droite à gauche, s'attendant à voir quelqu'un provenir de leur direction.
    « Arnaud ! S'écria une voix criarde et suraiguë. Tu fais quoi là ? Amène-toi !
    - J'ai cru entendre quelque chose, mama ! Répondit-il avec une voix rauque et grave.
    - Magne-toi, on n'a pas que ça à faire ! »
    Le dénommé Arnaud souffla bruyamment, il brandit son bâton pour le poser sur son épaule puis il fit demi-tour. Avant de repartir, il regarda à nouveau en direction de la cachette, mais il ne s'attarda pas dessus.
    Morgane tira sur le t-shirt d'Arthur pour lui parler dans l'oreille.
    « Il faut qu'on passe par le mur ! On pourra pas faire le tour avec eux ! »
    Arthur se pencha au-dessus de la barrière et regarda le mur en question. Cent mètres plus loin se dressait effectivement un mur en pierre qui devait bien faire plus de deux mètres. L'autre côté menait quasiment directement sur la forêt, ce qui permettrait de disparaître. Néanmoins, le lieu était bien à découvert, bloqué entre deux maison. S'ils passaient par là, ils devraient escalader rapidement sinon ils seraient dans une mauvaise passe. Pendant qu'Arthur réfléchissait, Morgane lui tira à nouveau le t-shirt, le regardant en fronçant les sourcils pour lui indiquer qu'ils devaient y aller maintenant.
S'attrapant la main, ils se précipitèrent jusqu'au croisement et se penchèrent pour vérifier qu'ils n'étaient plus là. La silhouette de l'homme était déjà loin ; normalement ils pouvaient arriver à leur but sans trop de peine. Mais Arthur se méfiait toujours. Voyant qu'il n'y avait aucun danger, ils coururent jusqu'au mur. Morgane mit un pied sur la fenêtre de la maison puis Arthur lui fit la courte-échelle pour qu'elle se hisse jusqu'au toit.
    A ce moment-là, ils entendirent un hurlement. Deux personnes du bout de la rue les pointaient du doigt et couraient vers eux. Affolée, Morgane tendit la main pour faire monter Arthur, qui peinait à grimper.
    « Passe le mur ! J'y arriverai bien sans toi.
    - Pas question ! Je te laisse pas tout seul ! »
   Morgane concentra tout ce qu'elle avait de force pour amener Arthur vers elle, quand ils entendirent un coup de feu.
    « Merde, ils ont des armes à feu, s'exclama Arthur entre ses dents. Vite Morgane ! »
    Celle-ci s'accrocha au mur pour l'enjamber, et sauter de l'autre côté. Arthur regarda derrière lui pour mesurer la distance qu'il y avait entre lui et eux, mais il perdait du temps et une autre balle vint se loger près de son oreille. Il bascula de l'autre côté et sentit douloureusement sa cheville quand il atterrit. Morgane attrapa sa main et ils reprirent leur course en s'engouffrant entre les arbres, pendant qu'Arthur serrait les dents pour oublier la douleur.

mercredi 11 novembre 2015

Morgane et Arthur part1 - La maison


 
   Morgane et Arthur 1


   Mâchonnant sans conviction sa bouchée, Morgane fit une grimace d'écoeurement. Elle reposa sa fourchette sur le bord de l'assiette, à l'endroit où démarrait une épaisse fêlure. Les haricots trempaient avec tristesse dans la sauce blanche, entourant une maigre saucisse pâle, esseulée au milieu du plat. Quand elle eut avalé ce qui macérait dans sa bouche, Morgane leva les yeux au ciel pour marquer son dégoût. Elle posa ses coudes sur la table, une pauvre planche dont les bords s'effritaient, et ignora le regard sévère de la personne assise en face d'elle.
   « C'est tout ce qu'on a, tu sais. »
   Morgane pencha la tête sur le côté et soupira, laissant ses longs cheveux noirs tomber en flot sur la table.
   « C'est immonde. Je déteste ces plats en boîte... Arthur, comment est-ce que tu veux continuer à me faire manger ça ? »
   Continuant inlassablement à porter sa fourchette à sa bouche sans laisser paraître aucune appréciation, Arthur ne répondit pas tout de suite. Morgane repoussa son assiette et s'écarta de la table en faisant bruyamment racler sa chaise sur le parquet. Elle fut interrompue par la violence du poing cogné sur la table.
   « Mange ce que tu as dans ton assiette et ne discute pas. »
   Morgane allait ouvrir la bouche pour répliquer, mais elle se ravisa et se rapprocha du plat qui la faisait fuir. La main hésitante, elle attrapa sa fourchette, glissant sur le manche, et la trempa dans le liquide blanc qui stagnait, telles les eaux d'un marécage. Lorsque trois haricots montèrent sur les dents, elle les souleva pour les amener jusqu'à l'antre de sa digestion. Morgane cessa sa comédie au bout de la deuxième bouchée et elle termina son assiette sans sourciller.
   Quand elle leva les yeux pour indiquer qu'elle avait fini, Arthur avait croisé les bras contre lui et la regardait. Son coeur fondit de plonger dans son regard attendrissant et elle oublia cet arrière-goût de couenne de mauvaise qualité. Elle amena sa main sur la table en direction d'Arthur, pour que celui-ci puisse poser la sienne par-dessus, tendrement. Cette main était toujours glacée, malgré la chaleur qui se dégageait de son corps. Morgane aurait préféré se blottir contre lui, mais le seul contact de sa main suffisait à la rassurer.
   « Qu'est-ce qu'on va faire maintenant ? Demanda-t-elle.
   - On peut rester ici encore quelques jours, mais pas plus. Sinon les Chanteurs nous retrouveront. »
   Morgane baissa la tête, l'air inquiet, essayant d'oublier cette réalité.
   « En attendant, tu peux lire ! S'exclama Arthur. Il y a beaucoup de livres dans la bibliothèque, notamment des contes. »
   Il voyait bien que Morgane s'efforçait de sourire pour lui faire plaisir. Elle quitta sa chaise pour se diriger vers le salon. Pendant ce temps, Arthur empila les assiettes ainsi que les couverts pour les poser dans l'évier en mauvais état. Il tourna le robinet, d'où un léger filet d'eau sorti. Avec le peu d'eau qu'il y avait, il lava la vaisselle, puis la déposer sur le côté.
   Ça faisait déjà cinq jours qu'ils s'étaient installés dans cette maison, et ils ne pouvaient se permettre d'y rester trop longtemps. Une semaine était environ le temps qu'il fallait aux Chanteurs pour chasser les gens et les tuer, ou les garder dans l'espoir d'en faire l'un des leurs. Arthur savait qu'ils convoitaient Morgane, car elle était une femme et elle avait la voix pure. Elle n'avait jamais bu l'eau des égouts, cette eau polluée et calcaire qui rendait la gorge râpeuse et douloureuse. Ceux qui ne trouvaient pas suffisant d'eau douce finissaient par avoir la même voix que s'ils fumaient dix paquets de cigarettes par jour. Ceux-là, les Chanteurs n'en avaient cure, bien qu'ils gardaient parfois les femmes pour procréer. C'est pourquoi Arthur faisait tout pour protéger Morgane de ces créatures. Chaque jour à l'aube et au crépuscule, il scrutait la ville par la fenêtre avec ses jumelles. Il décortiquait tous les morceaux de rue qu'il pouvait voir, toutes les fenêtres des maisons, tous les terrains détruits. Fonctionner comme ça leur a toujours épargné de gros problèmes. Bien sûr, il est arrivé qu'ils se fourrent dans des guêpiers plus d'une fois. Mais Arthur en gardait suffisamment un mauvais souvenir pour qu'il ne se permette plus de refaire la moindre erreur.
   « Arthur ! Tu viens ? »
   Essuyant ses mains sur son pantalon, Arthur alla dans le salon pour répondre à l'appel de Morgane. Elle était à genoux par terre, au pied d'une étagère où la majorité des livres étaient tombés. Se mordillant la lèvre, elle tenait dans ses mains un ouvrage assez léger à la couverture bleue. Lorsqu'Arthur entra dans la pièce, elle se tourna vers lui, les yeux brillants d'excitation.
   « Tu restes avec moi ? Demanda-t-elle avec une petite voix suppliante. »
   Décidément, Arthur ne pouvait rien lui refuser. Et puis, il n'avait rien à faire jusqu'au soir. Il tira vers la fenêtre un vieux fauteuil de grande taille, au dossier arrondi. Comme il était rempli de poussière, Arthur le frappa à plusieurs reprises, lâchant des nuages gris à travers la pièce. Morgane mit sa main devant sa bouche en toussant, puis elle ouvrit la fenêtre quelques secondes pour faire sortir la saleté. Une fois l'air à nouveau respirable et la fenêtre refermée, Arthur s'assit bien au fond du fauteuil et Morgane se précipita contre lui, entre ses jambes. Il referma ses bras autour d'elle pendant qu'elle ouvrait le livre pour le lire. Elle avait trouvé Alice au pays des merveilles, un roman classique qui datant d'un peu plus de 200 ans. Ça n'étonnait guère Arthur qu'elle veuille se perdre dans de telles fictions où les lois du monde tel qu'on le connaissait n'avaient pas prise.


                                   
                                                 ***

   Bonjour à tous, et désolé d'avoir mis autant de temps à reprendre ! Mais ne vous inquiétez pas, cette histoire est loin d'être terminée ! D'autant plus que j'ai décidé de continuer le NaNoWriMo (explications ici) avec cette histoire. Ne vous emballez pas, je ne mettrai pas un nouvel article tous les jours ! En revanche, je pourrais maintenir des délais de publication hebdomadaire pendant un certain temps. Bonne nouvelle pour vous !
Bis : Je m'excuse par avance, il y a eu un petit problème d'espacement, j'essayerai de corriger ça pour la prochaine fois.

lundi 28 septembre 2015

Josselin part7 - La course à l'espoir



   Josselin 7



   Des gouttes tombant du plafond. Un grondement sourd.
    Josselin se réveilla en sursaut, haletant comme s'il avait couru un marathon. Il se tint les bras, passa les mains sur son visage, se tapota les joues. Il n'avait rien. Tout allait bien. Il tenta de retrouver sa respiration en se massant le front. Tout cela n'avait donc été qu'un affreux cauchemar sorti d'outre-tombe, ou plutôt du fond de l'enfer. Autour de lui, il reconnaissait ce décor familier. Il était dans la salle principale du rez-de-chaussée, où il avait été quelques heures auparavant. Quoique... c'était il y a peut-être juste quelques minutes. Josselin ne se souvenait plus. Tout ce qu'il avait vécu devait forcément s'être produit, il n'avait pas rêvé. Pourtant, tout lui semblait confus, et il était là, en une seul morceau.
    « 
Il ne faut pas avoir peur comme ça, Monsieur Marchant. Personne n'aime en passer par là, mais il faut tôt ou tard. »
   
Josselin en tremblait encore. Il n'avait jamais rien vécu d'aussi épouvantable. En même temps, il passait son temps à se faire cette réflexion en ce moment. Ce docteur était un monstre ; il avait essayé de l'opérer, de le découper ou quelque chose dans le genre. Néanmoins, Josselin sentait qu'il n'avait rien, à part une légère migraine sur la gauche de sa tête. Il se palpait tout le corps pour vérifier, mais rien ne lui semblait différent.
   
Je vais pas me plaindre de rien avoir, mais quand même. J'ai dû rêvé...
   
Il était plus que temps de partir. Josselin n'avait plus rien à faire ici, il devait sauver le monde. Il ricana de sa propre pensée. Il n'avait pas le profil d'un super-héros, plutôt d'un cobaye envoyé là où personne ne voulait aller.
    L'hôpital était redevenu vide et silencieux, ce qui n'était pas plus rassurant. Josselin retourna là où il se souvenait avoir trouvé la porte d'entrée. Mais une nouvelle chose le frappa. Elle n'était plus là. Il n'y avait rien, rien qu'un mur nu et décrépi. Josselin se précipita devant celui-ci et frappa. Encore un tour de l'hôpital. Cet endroit changeait de forme à volonté. Quelles étaient les chances de sortir d'ici s'il n'y avait plus aucune sortie ?
    « Laissez-moi sortir d'ici !! »
    Crier n'allait sans doute amener à rien. Mais à un cas aussi désespéré, on tentait tout ce qu'on pouvait faire pour se sortir d'ici.
   
Crier va attirer les autres.
   
Josselin entendit une voix dans sa tête, et il la reconnaissait. C'était la voix de la petite fille. Il se retourna pour chercher son image. Elle était là, assis sur la première marche de l'escalier qui montait, les cheveux dégoulinant de part et d'autre de son visage, son ours en peluche dans ses bras. Il fit un pas vers elle, mais elle disparut aussitôt.
   
Tu ne m'attraperas pas !
    Elle lui parlait encore dans sa tête, mais bien sûr elle n'était pas réelle.
    « Et qu'est-ce que je dois faire pour sortir d'ici ! Hein ? Demanda-t-il à la fillette dans l'espoir fou qu'elle lui réponde. »
    Rien de plus que le silence qui régnait jusqu'ici.
    « Tu n'en sais rien ! Pas plus que moi ! J'en ai marre de tourner en rond comme un lapin en cage ! »
Il donna un coup de pied dans le mur, ce qui eut pour effet de lui asséner une douleur fulgurante sur le bout des doigts de pied. Mais il n'en avait cure, tant qu'il n'avait pas de solution.
   
Je te déconseille de les faire venir...
   
« J'en ai rien à faire ! Se mit à hurler Josselin, sous le coup de la colère. Qu'ils viennent, qu'est-ce que ça peut bien me foutre ?! Je suis dans un hôpital psy, j'ai été poursuivi par un truc bizarre, un docteur m'a peut-être charcuté ou pas, et je vois des fantômes partout ! Qu'est-ce qui peut bien m'arriver de PIRE ?!? »
   
Tant pis pour toi.
   
Josselin eut envie de lui répondre une nouvelle fois, mais un battement venu des profondeur l'en empêcha. Un autre se fit entendre, comme les battements d'un tambour gigantesque qui résonnerait dans les couloirs. Josselin déglutit. Il avait l'impression d'avoir vécu une scène similaire. Bientôt des hordes de monstres arriveraient et se jetteraient sur lui. Alors qu'il était tout seul. Il fallait qu'il s'enfuit, mais fuir où ? Les battements continuaient, de plus en plus rapprochés. Ils arrivaient du sous-sol.
   
Cours.
   
Josselin ne fit pas prier et il se précipita dans l'escalier qui montait à l'étage. C'est à ce moment qu'il perçut les cris, les piaillements qui retentissaient derrière lui. Il était poursuivi, et bientôt, il serait rattrapé par tout ce qui vit ici. Etait-il possible d'être aussi bête pour attirer à lui toutes les horreurs qu'il avait tenté de fuir ? Mais à quoi bon courir, si c'est pour atterrir à un cul de sac.
    L'escalier était plus grand que prévu, mais Josselin eut l'impression qu'il y faisait moins sombre. Pour l'instant, il ne menait nul part. Tout se ressemblait. Même les ombres étaient les mêmes, les ombres qui se mettaient à bouger et à entourer le couloir de marches. Josselin faillit trébucher, mais il se reprit rapidement. Il n'avait pas le droit de s'arrêter, ni même de se retourner. Quelque chose était  derrière lui, reniflant, soufflant, non loin.
   
Monte sur le toit.
   
« Mais je sais même pas comment on accède au toit ! Haleta Josselin sans s'arrêter. »
    Il était possible qu'en montant au dernier étage un escalier de secours démarre du sol pour aller au plafond et au-delà, permettant ainsi de sortir à l'air libre. Mais Josselin en doutait fortement. Si l'hôpital était capable de se transformer au gré de ses envies, ou de l'envie de ses occupants, il ne pourrait jamais sortir par une sortie prédéfinie.
    Ou peut-être l'hôpital obéissait-il à certaines règles.
   
C'est pas trop de le moment de se torturer l'esprit sur des hypothèses à dormir debout ! Rien n'est cohérent ici, je vois pas pourquoi il y aurait des règles.
   
Derrière lui, l'hôpital grondait. Josselin sentit les larmes de détresse couler sur ses joues. Il ressentait de la terreur, la terreur de se faire engloutir, de ne pas savoir ce qu'il adviendrait de soi si jamais la chose le rattrapait. Mourir était différent, quand on savait comment on décédait. Ça aurait été presque plus apaisant.
   
A droite.
   
Josselin ne réfléchit pas et, lorsque les escaliers atteignirent un palier menant à une nouvelle porte, il s'y engouffra, la faisant claquer derrière lui et continuant à courir. Il atterrit dans un long couloir, parsemé de fenêtres trop hautes laissant entrevoir toujours le même paysage, celui d'un ciel orangé couvert de sombres nuages. L'apocalypse était en marche. Des lits d'hôpital barraient le passage par dizaines. Ils n'étaient pas placés là par hasard et Josselin dut faire du entre-dedans pour arriver à avancer.
    Il n'osait toujours pas se retourner.
Dépêche-toi !
    « Je voudrais bien t'y voir ! »
    Au moment où il sauta par-dessus un des lits, quelque chose lui attrapa le pied, le forçant à tomber. Il hurla, s'accrochant à un pied de lit. Mais les roulettes du lit le faisaient glisser vers là où il ne voulait surtout pas être. Josselin donna des coups de son pied libre sur l'espèce de main qui le tenait. Il s'accrochait à tout ce qu'il pouvait pour arrêter de reculer. Un lit se coinça entre deux et il s'arrêta d'un coup sec. En reprenant ses esprits, il en profita pour écraser la main qui le lâcha avec un couinement de surprise, lui donnant l'occasion de se précipiter vers la sortie.
    Il y était presque, la porte était à deux doigts de lui, il pouvait la toucher. Et il fit l'erreur de se retourner.
    La créature était juste derrière lui, le regardant de ses yeux à moitié humains, le corps décomposé par la meurtrissure de la mort. Josselin fut glacé d'effroi.
    Un cri retentit et Josselin se reprit. C'était une voix humaine, un appel. Il passa la porte et découvrit l'échelle dont il rêvait. Au sommet de celle-ci, une main humaine au bout d'un bras s'engouffrait depuis une trappe qui devait mener à l'extérieur. Josselin ne se fit pas prier et grimpa aux barreaux.
    « Monsieur Marchant, vous ne m'échapperez pas si facilement ! »
    La voix du docteur retentit derrière lui, mais il savait qu'elle était maintenant très lointaine. Josselin avait dépassé les limites de la zone instable. Il sortait enfin.
    Arrivant au bout de l'échelle, il tendit la main et attrapa celui qui le sauvait de cet enfer.


    En s'extirpant de ce lieu, Josselin redécouvrit ce qu'on appelait l'extérieur. L'air lui soufflait sa fraicheur au visage, la lumière perçait à travers les nuages pour éblouir ses yeux habitués à l'obscurité, et tout avait la douceur de la liberté. La trappe menait directement sur le toit du bâtiment où il avait été enfermé si longtemps. C'était un toit pentu, mais assez peu pour pouvoir s'y raccrocher facilement. Il était fait complètement de pierre, du haut jusque dans les murs qui atteignaient une hauteur imposante.
    Josselin dut se tenir aux rebords de la trappe pour ne pas tomber. La sensation de liberté et le brusque retour à un espace considérable lui avait fait perdre l'équilibre, le faisant chanceler par le vertige qui lui monta à la tête. Lorsqu'il pu enfin voir ce qui l'entourait, il faillit défaillir une nouvelle fois.
    Il s'attendait à quelque chose, quelque chose qui aurait pu l'éclairer, le réconforter. Il espérait pouvoir sortir de cet enfer pour rejoindre un endroit accueillant. Mais ce qui s'étendait devant lui n'augurait rien de bon pour la suite. Un village tout ce qu'il y avait de plus rural se déployait autour du bâtiment. Composé à la fois de vieilles maisons et de nouvelles bâtisses, il avait dû y faire bon vivre, au temps où il était habité. A présent, il ne restait que le silence, à peine brisé par le vent et le chant des oiseaux qui se faisait le plus discret possible. Aucune animation de quelque sorte ne venait troubler l'ordre d'une ville déserte.
    Le cœur lourd, Josselin ne s'était jamais senti si démuni de sa vie. Alors il se tourna vers son sauveur, dont il avait seulement aperçu la main.
    Assis sur l'arête du toit, l'inconnu demeurait figé dans une pose dramatique et majestueuse. Pourtant, il n'avait rien d'un héros de films d'aventure. Paré de sa plus belle chemise à carreaux, dont le blanc était parsemé d'usure et dont le rouge délavé tirait ses dernière lueurs, l'homme portait seulement un vieux pantalon de jean et un t-shirt simple ayant vécu de meilleurs jours. Son visage arrondi était austère, renfermé et mal rasé, les yeux cachés par des lunettes dont le verre gauche avait souffert de plusieurs fissures. Il paraissait grand, mais pas très vieux.
A peine plus vieux que moi, se dit Josselin.
    Il se tourna vers lui, le perçant de ses yeux bleus.
    « Bienvenue dans le vrai monde, s'écria-t-il en forçant sur sa voix plutôt douce. Dans quelques temps, tu ne vas pas beaucoup me remercier de t'avoir tiré de là. »
    Josselin se redressa, osant alors lâcher prise et maîtriser la gravité. Il plissait encore des yeux sous l'effet de la lumière, mais répondit à l'homme.
    « Mais qui es-tu ? Et où sommes-nous au juste ? »
    La réponse lui étant sûrement négligeable, l'autre haussa les épaules.
    « Nous ne sommes plus chez nous. »
    Josselin n'eut pas le temps de répondre qu'il fut frôlé par quelque chose d'apparemment vivant et de volant. Lorsque la chose revint vers lui, il n'en crut pas ses yeux. Il avait tout l'air d'être un oiseau, mais à la place des ailes et de la tête, il y avait un crâne aux orbites vides, et des os qui le faisait planer sans peine. Ouvrant son bec grisâtre pour se manifester, une plainte croassante en sortit, malgré l'absence évidente de cordes vocales. Josselin eut réellement envie de pleurer. Il ne savait pas où il était, mais une chose était sûre : il n'était pas sorti de sa torpeur.